Au Brésil, la politique de prévention des incendies du président Lula porte ses fruits
Le pays sud-américain a enregistré en 2025 une forte baisse des surfaces brûlées, de l’ordre d’un tiers par rapport à l’année précédente. L’effet probable d’un renforcement de la prévention porté par le gouvernement.
Par Raphaël Bernard (Rio de Janeiro, correspondance)
Du mieux sur le front des incendies brésilien. Selon un rapport de l’ONG MapBiomas rendu public le 21 juillet, le Brésil a perdu 12,7 millions d’hectares dans les flammes en 2025, soit une baisse de 31 % par rapport à la moyenne historique établie depuis 1985, située à 18,4 millions d’hectares par an. La nouvelle est d’autant plus encourageante que l’année 2024 avait été marquée par des incendies dévastateurs dans la plupart des biomes brésiliens. Les dégâts s’étendaient à 30 millions d’hectares, dont 15,6 millions en Amazonie.
Ces cataclysmes en série ont poussé le gouvernement du président Luiz Inacio Lula da Silva, dit « Lula » (Parti des travailleurs, centre gauche), à adopter en 2024 un plan baptisé « Politique nationale de gestion intégrée des feux » (PNMIF). « C’est le premier ensemble de lois traitant spécifiquement du combat contre les incendies, assure Jair Schmitt, directeur de l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables (Ibama, police environnementale fédérale). Plutôt que d’essayer d’atteindre un objectif d’élimination des feux, il accepte leur existence naturelle et se concentre sur leur gestion en tant qu’éléments ayant toujours fait partie de l’histoire de l’humanité et de certains écosystèmes. Cela passe notamment par l’obligation pour les acteurs privés de prendre des mesures pour s’en protéger », continue le haut fonctionnaire.
La loi prévoit, entre autres, l’obligation pour les propriétaires ruraux de se munir de pare-feu, ou de veiller à la non-accumulation de végétation sèche, facilement inflammable. Le tout, sous peine de sanctions renforcées : l’amende maximale pour la non-application des mesures préventives est passée de 1 à 10 millions de reais (de 170 millions à 1,7 million d’euros).
« Une grande partie de ces résultats repose aussi sur la question du leadership politique, qui donne à l’Etat les moyens de faire respecter ces lois », ajoute José Antonio Puppim de Oliveira, professeur de gestion publique à l’Ecole d’administration des affaires de São Paulo de la Fondation Getulio Vargas. Dès son retour au pouvoir pour un troisième mandat en janvier 2023, Lula avait affiché sa volonté d’atteindre un objectif de zéro déforestation d’ici à 2030.
Après avoir atteint son point le plus bas en 2022, avec 3,5 milliards de reais de fonds sous le gouvernement du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, ouvertement climatosceptique, le budget alloué à la gestion environnementale avait ensuite quadruplé en deux ans, atteignant environ 15,3 milliards de reais en 2024. Des efforts encourageants, mais encore incomplets : selon un article publié en février 2026 dans la revue Biological Conversation, près de 88 % des municipalités brésiliennes ne disposent pas de casernes de pompiers.
« Equilibre complexe »
Pour prolonger la dynamique, l’étude appelle à réduire la récurrence des feux de forêt. Selon les chercheurs, 64 % de la superficie brûlée au Brésil au cours des quarante et une dernières années a brûlé plus d’une fois, et 52 % de ces zones touchées à répétition brûlent à nouveau dans un délai de quatre ans. C’est en Amazonie que les intervalles entre les incendies sont les plus courts : 31,6 % des surfaces brûlées y prennent feu de nouveau en moins de deux ans, signe que la végétation dispose de moins en moins de temps pour se régénérer entre deux sinistres. Un problème là aussi lié au manque de moyens mis dans la surveillance, selon José Antonio Puppim de Oliveira.
« Souvent, il peut être difficile de simplement déterminer à qui appartient la surface brûlée : il peut s’agir de propriétés privées, de réserves autochtones, de terres appartenant à l’Etat, aux municipalités… ce qui complique l’identification des responsables. Certaines résistances locales à la politique environnementale du gouvernement peuvent également accentuer ces difficultés », éclaire l’universitaire. Selon l’organisation MapBiomas, 47 % de la superficie brûlée au Brésil depuis 1985 se concentre dans les Etats amazoniens du Mato Grosso, du Para et du Maranhao, qui totalisent respectivement 45,1 millions, 31,6 millions et 20,7 millions d’hectares brûlés sur la période de quarante et un ans analysée.
Malgré sa bonne volonté affichée, le gouvernement Lula est également porteur de projets qui pourraient affaiblir la lutte pour la conservation de la nature. L’ex-syndicaliste mise ainsi sur le Ferrogrão, une ligne de chemin de fer de 933 kilomètres qui transpercerait l’Amazonie pour acheminer le soja produit en son sud, jusqu’aux ports de l’Etat du Para, au nord. « Les études prouvent que la construction de routes est l’un des principaux facteurs de déforestation. Mais souvent, les populations locales les réclament pour rompre leur isolement. C’est un équilibre politique complexe », explique José Antonio Puppim de Oliveira.
Autre facteur pouvant fragiliser les bons résultats obtenus : les événements climatiques extrêmes, de plus en plus fréquents. « Grâce au renforcement de nos moyens matériels et humains, nous sommes à un niveau de préparation jamais atteint dans l’histoire du pays », assure Jair Schmitt. L’arrivée du phénomène climatique El Niño, qui devrait se traduire par de fortes sécheresses dans le nord et le nord-est du pays, fera office de premier test.
